Affichage des articles dont le libellé est synthèses. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est synthèses. Afficher tous les articles

28 sept. 2009

Les asexuels sortent du placard et trouvent une communauté

Asexuals leave the closet, find community
Demian Bulwa
San Francisco Chronicle
24 août 2009


N'étant pas attirée par les garçons, Cathy Roberts s'est dit à l'adolescence qu'elle était timide. A l'université, elle s'est dit qu'elle n'était pas prête. Plus tard, quand un thérapeute l'a persuadée d'entreprendre un chemin vers la découverte du sexe, elle n'a pas voulu faire les exercices les plus timides. Ce n'est qu'à la quarantaine qu'elle a conclu qu'elle était asexuelle, simplement pas intéressée par le sexe, et n'assimilant pas le sexe à l'amour.

Cathy Roberts a ainsi émergé de plusieurs années de confusion. Et en juin, elle a défilé avec deux douzaines d'autres asexuels lors de la Pride de San Francisco.

C'était un coming out inhabituel : à un événement qui célèbre le sexe dans tous ses aspects, un groupe déclare son intention de n'en vouloir aucun.

Cette action montre combien une identité sexuelle est vitale pour l'estime de soi. Mais l'émergence publique des asexuels suscite des interrogations auprès des chercheurs spécialisés dans la sexualité, concernant l'identité sexuelle, ainsi que le lien entre les sentiments, que de nombreux asexuels ressentent, et l'attirance sexuelle.

"Nous ne sommes pas détraqués"

"Cela pose question sur la nature de l'amour", dit Anthony Bogaert, un sexologue de l'Université de Brock dans l'Ontario, au Canada, qui a estimé la prévalence de l'asexualité en 2004 à partir d'une étude sur des Britanniques, dont 1% a rapporté ne s'être jamais senti attiré sexuellement par quiconque.

David Jay, un résident de San Francisco âgé de 27 ans, explique : "Nous avons besoin de savoir que nous ne sommes pas détraqués. Toute ma vie, on m'a dit qu'on a besoin de sexe pour être heureux".

La Pride était une étape importante pour Jay, un étudiant à la Presidio School of Management. 9 ans auparavant, il avait créé AVEN, en tant qu'adolescent qui n'arrivait pas à comprendre pourquoi tout le monde sauf lui était si déterminé à perdre sa virginité.

Etre respecté

Jay et la communauté asexuelle sur Internet, qui comprend 30.000 membres dans le monde entier, ne cherchent pas à créer de nouveaux droits civiques. Ce qu'ils veulent, c'est être respecté dans une culture obsédée par le sexe.

L'asexualité n'a été qu'occasionnellement étudiée, mais les quelques chercheurs qui l'ont examinée de près ces dernières années disent qu'elle peut être une identité sexuelle similaire aux identités hétérosexuelle, bisexuelle ou gay.

Le docteur Lori Brotto, une experte en sexualité à l'université de Vancouver, Canada, se disait extrêmement sceptique concernant l'existence de l'A comme orientation sexuelle. Mais en 2007, en étudiant les membres de l'AVEN, elle a découvert non seulement un désir sexuel bas, mais également peu de détresse à ce sujet, parmi ces personnes, contrairement aux personnes ayant des dysfonctions sexuelles et qui cherchent un traitement pour les guérir.

Récemment, Brotto a projeté des films érotiques à une quarantaine de femmes parmi lesquelles, des asexuelles, des hétérosexuelles, des lesbiennes et des bisexuelles. Les réactions physiologiques mesurées lors de ces projections sont identiques chez toutes ces femmes, démontrant qu'il ne s'agit pas d'une dysfonction sexuelle, mais bien d'une question d'orientation sexuelle.

Certains asexuels sont sentimentalement hétéro, gay ou bi, et certains n'ont pas d'attirance sentimentale. Ils sortent ensemble, ou ont des rendez-vous avec des "sexuels", tentant de trouver un compromis au lit.

Cathy Roberts est inquiète de ne pas trouver quelqu'un avec qui vieillir. "Pour moi, elle devra être asexuelle et lesbienne, et ensuite il y a le problème de la compatibilité".

Pas de culture commune

La naissance du mouvement asexuel a été aussi difficile par absence de marqueurs culturels comme ceux mis en avant par la communauté gay (codes vestimentaires ou bars où se retrouver, par exemple).

C'est dans ce contexte qu'interviennent Internet, grand unificateur de groupes obscurs, et David Jay, jeune, charismatique et beau garçon, un homme qui pourrait trouver avec qui faire l'amour s'il le voulait.

Jay se souvient de sa solitude en tant qu'adolescent, qui l'a poussé à chercher le terme "asexuel" sur le Web. Il n'a trouvé que des recherches sur les amibes. Il a lancé AVEN et se souvient du premier asexuel l'ayant contacté : "Nous avons eu une discussion longue et intense, à parler de toutes ces choses que personne d'autre ne pouvait comprendre".

Jay aime à penser que les relations non-sexuelles sont aussi gratifiantes et stimulantes que les relations sexuelles.

Il y a d'autres signes de cet élan dans l'importance que prend la communauté asexuelle. Bogaert est en train d'écrire un livre sur l'asexualité, une maison de production new-yorkaise a un documentaire en projet, et en Nouvelle-Zélande, une sitcom met en scène le premier personnage asexuel clairement identifié de la télévision.

Les membres d'AVEN ont un but concret : modifier le DSM lors de sa prochaine parution en 2012 pour qu'il soit clair que l'asexualité n'est pas un "trouble du désir sexuel hypoactif".

Intimité

Le but premier du mouvement, cependant, est d'atteindre des gens comme Bridget Rodman, une étudiante de 19 ans de San Francisco, qui a parfois des béguins pour des femmes mais aucune envie de coucher avec elles, ce qui pendant des années l'a fait se sentir inutile, même suicidaire. En novembre, celle-ci a découvert le site web d'AVEN, qui la décrivait de façon si précise qu'elle en a pleuré devant son écran.

Avec la découverte est venu le changement. Elle peut désormais être honnête avec les autres, elle peut expérimenter l'intimité et enfin vivre pleinement.

30 août 2009

Des asexuels à la Pride

Asexuals at the Pride Parade
Anneli Rufus
Psychology Today
22 juin 2009

Anneli Rufus est une journaliste et auteur américaine qui publie dans des journaux comme le San Francisco Chronicle, le Boston Globe ou des médias en ligne comme Salon.com. Elle a écrit Party of One: The Loners' Manifesto, un livre sur les aspects positifs de la solitude.

* * *

Des asexuels à la Parade mettent la société au défi d'accepter leur absence de désir sexuel.

La Pride de San Francisco est sauvage, exubérante – et il s'agit de sexe. Comment cela pourrait-il en être autrement ? La Pride parle de la chair, de pratiques, de partenaires et de passions. C'est la raison pour laquelle ces dizaines de personnes défilant vont des lesbiennes à motos aux dominés SM en passant par les chrétiens gay, etc.

Il est donc intéressant que cette année, pour la première fois, un groupe asexuel défile à la Pride de San Francisco.

Les asexuels sont un sous-ensemble culturel dont on entend rarement parler au sein de notre moderne tour de Babel hypersexualisée et mondiale. Je n'avais jamais entendu parler de ce sous-groupe ou réfléchi à cette notion avant de lire l'interview d'asexuels britanniques dans l'Independent.

A quoi cela ressemble-t-il d'être asexuel dans un monde occidental obsédé par le sexe et l'identité ? L'obsession sexuelle de la société leur dit en gros de se taire et d'avoir honte. Cependant l'obsession identitaire de la société leur dit de défiler et de se manifester.

Un asexuel ne ressent pas d'attirance sexuelle, explique Shawn Landis, qui a commencé à écrire des infos sur les asexuels dans le San Francisco Examiner, "après une discussion avec un rédacteur en chef" sur la notion "que l'asexualité n'était pas un problème nécessitant des soins médicaux ou psychiatriques". Landis espère aider à "éclaircir la perplexité suscitée par la découverte que certaines personnes ne souhaitent tout simplement pas avoir de relations sexuelles".

D'après lui, les Gay Prides ne sont pas les premiers endroits où on penserait trouver des asexuels défiler. Certains asexuels se retrouvent dans l'étiquette LGBT (1) tandis que d'autres non, mais la communauté asexuelle souhaite que son orientation soit reconnue. L'inclusion d'asexuels dans la Pride est historique, Landis espère que davantage de gens vont avoir conscience de ce relativement petit segment de la population, et que l'opinion, selon laquelle les gens qui ne sont pas intéressés par le sexe souffrent de problèmes médicaux ou psychologiques, finira par être ainsi moins répandue.

La présence d'asexuels à la Pride de San Francisco va être un test de la tolérance de la société en général. Accepter l'idée d'une sexualité entre personnes du même sexe est difficile pour certains. Accepter le mariage gay également. Idem pour la sexualité en groupe, et toutes sortes d'autres pratiques comme le sadomasochisme.

Mais tolérer l'absence d'envie de sexe ?


(1) Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels


9 févr. 2009

Sans sexe, merci, nous sommes asexuels - The Guardian, octobre 2004

No sex please, we're asexuals
Tim Radford
The Guardian - Londres, GB
14 octobre 2004


Le journal britannique revient dans ses pages scientifiques sur la parution de l'article du New Scientist et son information principale : de plus en plus de gens réalisent que le sexe n'est pas leur tasse de thé.

L'auteur poursuit en précisant que l'asexualité ne doit pas être confondue avec l'abstinence. Les voeux de chasteté des moines et nonnes signifient qu'ils choisissent de réprimer ou sublimer leurs désirs sexuels. L'asexualité n'est pas non plus de l'impuissance. Le succès du Viagra suggère que pour beaucoup d'hommes, ils le feraient s'ils le pouvaient. De même, les adeptes du "pas avant le mariage" ont choisi la virginité seulement en dehors du mariage.

Pourtant une nouvelle classe fait de plus en plus parler d'elle, ceux qui sont "contents d'être A" et qui déclarent n'avoir aucune envie de sexe. On suggère que cette sexualité du non-non pourrait être aussi répandue que l'homosexualité. Il est vrai que jusqu'ici, ceux qui n'avaient pas envie de sexe avaient tendance à demeurer discrets.

Des forums Internet comme ceux d'Aven (Asexual Visibility and Education Network - Réseau pour la visibilité et l'information asexuelles) sur asexuality.org encouragent ces partisans du non à faire entendre leur absence de passion sexuelle. Ils peuvent être pourvus de libido et ressentir de l'excitation sexuelle, mais ils ne ressentent pas le besoin d'interagir sexuellement avec les autres.

L'article cite les exemples d'un vétéran de la Marine US, de Virginie, Brian, ou d'un étudiant, Pete, selon lequel les sensations ne sont pas mentalement connectées pour être suivies par une action quelconque.

Des tentatives d'explication sont avancées (libido basse, sensibilité, distanciation, stress) mais quoi qu'il en soit, l'absence de désir sexuel est bien une réalité pour des milliers de personnes. Et l'article de conclure en citant les t-shirts d'Aven : "L'Asexualité n'est plus seulement pour les amibes".


19 déc. 2008

Asexualité, orientation sexuelle

"Theories of Sexual Orientation"
Michael D. Storms,
Journal of Personality and Social Psychology, n°38
1980

Titre : "Théories sur l'orientation sexuelle"

La recherche sur la sexualité a fait de grandes avancées lorsqu'elle a pris en considération la nature érotique des orientations, plutôt que les comportements propres à une identité sexuelle donnée. C'est en procédant ainsi, vers 1950, que le chercheur Alfred Kinsey a fait les découvertes qui ont révolutionné la façon de voir la sexualité (1).

Kinsey a pris en considération la réponse érotique aux stimuli associés à un sexe ou à l'autre, et a créé une échelle pour mesurer l'intensité de l'attirance sexuelle :

0 Exclusivement hétérosexuel(le)
1 Prédominance hétérosexuelle
2 Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
3 Bisexuel sans préférence
4 Prédominance homosexuelle
5 Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
6 Exclusivement homosexuel(le)

L'orientation sexuelle est donc un continuum bipolaire unidimensionnel allant de l'hétérosexualité à l'homosexualité et tout le monde se situe quelque part dans l'espace bisexuel de l'échelle plutôt qu'à un des deux extrêmes.

Cependant, cette représentation pose deux problèmes : les bisexuels sont vus comme des personnes à la fois hétéro et homo et non comme une catégorie propre, et les asexuels n'apparaissent absolument pas (alors que Kinsey avait bien connaissance de leur existence).

En 1978, Michael D. Storms du Département de psychologie de l'Université du Kansas, a émis l'hypothèse que les dimensions hétéro et homo ne sont pas opposées sur un continuum unidimensionnel, mais plutôt séparées dans une représentation bidimensionnelle. Une telle représentation de l'orientation érotique donnera quatre catégories d'orientation sexuelle : hétérosexuel, homo, bi et asexuel.



La représentation diffère du modèle de Kinsey par la position donnée aux bisexuels. Chez Kinsey, les bi sont vus comme moitié hétéro, moitié homo ou comme un compromis situé entre les deux extrêmes. Dans une dimension bi-dimensionnelle, ils sont vus comme ayant de hauts degrés à la fois hétéro-érotiques et homo-érotiques.
Une représentation en deux dimensions fait aussi apparaître les asexuels (ceux qui ont des scores bas dans les deux dimensions homo-érotique et hétéro-érotique).

Kinsey mêle les deux catégories, bi et asexuels, ce qui peut rendre obscurs les résultats de la recherche sur les orientations sexuelles.

Par exemple, Masters et Johnson ont étudié en 1979 les réponses sexuelles et érotiques d'hétérosexuels, d'homosexuels et de personnes qu'ils ont appelées "ambisexuelles" et qu'ils ont définies comme ceux qui ne montraient aucune préférence pour un sexe en particulier (2). Cette vision pourrait autant inclure les bi que les asexuels, et il est impossible de savoir avec certitude qui cette étude a vraiment décrit.

En fait, il est probable que les "ambisexuels" de Masters et Johnson aient été plus asexuels que bisexuels. En effet, les sujets ont certes réagi aux stimulations sexuelles mais ils ont rapporté bien moins de fantasmes que les sujets hétéro et homo. De plus les deux chercheurs ont remarqué que leurs ambisexuels avaient des difficultés à établir des relations sexuelles à long terme avec des partenaires des deux genres. Cette découverte est confirmée par les recherches sur les problèmes sociaux et interpersonnels de l'asexualité (3).


(1) Alfred Kinsey, Le comportement sexuel de l’homme, Paris, Pavois, 1948
Ibid., Le comportement sexuel de la femme, Paris, Amiot Dumont, 1954
(2) William H. Masters et Virginia E. Johnson, Homosexuality in Perspective, Toronto, New York, Bantam Books, 1979
(3) Gochros H.L. et J.S., The Sexually Oppressed, 1977


23 nov. 2008

Peut-on naître asexuel ? - Elizabeth Abbott, septembre 2003

Can someone be born asexual?
Elizabeth Abbott
Ask Us @ University of Toronto
12 septembre 2003

Titre : "Peut-on naître asexuel ?"

"Oui, on peut naître asexuel et c'est parfaitement normal", dit Elizabeth Abbott, doyenne au Trinity College de l'Université de Toronto et auteure d'une Histoire de la chasteté saluée par la critique (1).

"Je pense tout à fait que quelqu'un peut naître ainsi de même qu'une personne peut naître avec une libido très forte. La plupart des gens naissent dans la moyenne mais il n'y a pas de norme pour mesurer l'intérêt sexuel ou la sexualité." Un asexuel n'est pas nécessairement dépourvu de libido ou de la capacité à être stimulé, et peut aussi éprouver des besoins sexuels réduits.

La culture et les expériences peuvent aussi avoir une influence sur la libido. Abbott cite comme autres raisons pour éviter les expériences sexuelles les traumatismes subis dans l'enfance.

Les personnes qui n'ont aucune envie d'avoir des relations sexuelles sont injustement considérées comme des personnes bizarres. C'est un stéréotype négatif qu'il faut refuser. En faisant des recherches pour son livre sur l'abstinence, Abbott a réalisé que les asexuels sont plus nombreux qu'on ne croit. Beaucoup restent dans le closet car l'absence de sexe est connotée négativement, ce qui implique de se faire traiter de frigide, de personne passive ou froide. Il peut être plus facile pour une femme asexuelle que pour un homme de feindre un intérêt dans le sexe, car on entend souvent parler de femmes non intéressées par le sexe, sans parler des blagues à ce sujet.

Une recherche plus approfondie permettra de mieux connaître les asexuels, car actuellement peu de gens ont envie d'en discuter, ce qui entraîne une mauvaise connaissance de l'asexualité et le fait qu'on la confonde avec l'abstinence. Or, comme le souligne Abbott, être asexuel et abstinent sont deux choses différentes, une personne abstinente pouvant être dotée d'une libido forte et choisir de se priver de relations sexuelles, contrairement à un asexuel.


(1) Elizabeth Abbott est historienne et a un doctorat en histoire du 19e siècle. Elle a travaillé plus de dix ans comme journaliste et écrivain avec un intérêt spécial pour l'histoire et l'environnement sociaux. Elle a dirigé la publication de Chronicle Canada, une histoire du Canada qui a connu de fortes ventes. Elle est l'auteur de Haiti: the Duvaliers and their Legacy, Histoire de la chasteté le récent A History of Mistresses. Elle a remporté un National Magazine Award pour ses écrits sur l'environnement.

21 nov. 2008

Révolution A-sexuelle - Brock University, janvier 2008

A-sexual revolution: A growing asexual community calls attention to asexuality research
Courtney Kaminski
The Brock Press (Université de Brock, Ontario, Canada)
29 janvier 2008

Titre : "Révolution A-sexuelle : Une communauté asexuelle en augmentation attire l'attention de la recherche sur l'asexualité"

Depuis 1948 avec l'échelle de Kinsey, la recherche sur la sexualité reconnaît l'existence de l'asexualité auprès des autres orientations sexuelles, mais ne s'est cependant pas vraiment penchée sur la question. L'impact social des personnes non intéressées par le sexe a toujours été considéré comme négligeable, mais maintenant qu'une communauté se fait entendre, il y a une prise conscience de l'importance et de l'intérêt que présentent les asexuels.

Bien que certains sexologues et spécialistes des sciences sociales diffèrent sur ce que recouvre le terme 'asexualité', Anthony Bogaert la définit comme une absence d'attirance sexuelle. Cela inclut des gens qui n'ont aucun désir sexuel, des gens qui n'éprouvent aucun intérêt pour le sexe, ou des gens pourvus d'une libido mais sans que celle-ci soit dirigée vers autrui. La sexualité est un spectre comprenant beaucoup de variations, et il en est de même pour l'asexualité : certains sont réfractaires au sexe, d'autres le considèrent comme un besoin physiologique et pratiquent la masturbation sans ressentir de désir pour quiconque, certains ont le béguin pour d'autres, certains fantasment sur des célébrités, tandis que d'autres ont des relations sexuelles pour satisfaire leur partenaire.

L'étude de Bogaert publiée en 2004 est le premier essai d'estimation du nombre d'asexuels dans la population. Sur un échantillon de plus de 18000 personnes interrogées, 1,05 % a répondu de façon affirmative à la question "Je n'ai jamais ressenti d'attirance sexuelle pour personne". Le chiffre est légèrement inférieur à celui des personnes se disant homosexuelles (1,11 %). Bien que non absolu, ce chiffre est un bon point de départ pour estimer le nombre d'asexuels dans le monde. Les raisons sont à la fois biologiques et psycho-sociales ou socio-culturelles, d'après le chercheur.

Bien qu'ils aient plus de probabilités d'être seuls, un certain nombre d'asexuels vivent cependant en couple. Beaucoup d'asexuels ressentent une attirance amoureuse pour d'autres, et souhaitent connaître une intimité sentimentale et parfois même passionnelle, mais sans ressentir le besoin de couronner cette intimité d'un contact sexuel. Les discussions sur les forums d'asexuels, sur asexuality.org, montrent que les asexuels sont autant concernés que les sexuels par les relations amoureuses, le consensus général étant que l'amour et le sexe sont deux concepts différents, le premier ne menant pas forcément au deuxième.

Que le sexe soit nécessaire pour être heureux est le plus lourd préjugé que les asexuels ont à combattre. Ceci explique pourquoi ils sont vus comme des personnes détraquées et pourquoi la recherche s'est peu intéressée à eux, souligne David Jay, le créateur d'Aven, le principal réseau d'asexuels dans le monde.

Le mot 'asexuel' n'a commencé à être utilisé que récemment, mais beaucoup de gens ignorent qu'ils pourraient s'identifier ainsi. Pour Bogaert, la pression sociale est telle que beaucoup d'asexuels essaient de se conformer à l'image hétérosexuelle dominante, en s'obligeant à un comportement sexuel avant de finir par réaliser qui ils sont.

Le souci majeur parmi les asexuels est la façon dont ils sont vus par le corps médical. Actuellement, un asexuel prend un gros risque en allant chez un thérapeute car selon son opinion de l'asexualité, celui-ci pourra soit penser que c'est une orientation valide, soit essayer de "guérir" la personne.

Le réseau d'Aven, dont l'un des buts est de faciliter le travail des chercheurs, relie une forte communauté d'asexuels avec le milieu de la recherche et collecte les données académiques sur l'asexualité. Une recherche approfondie de l'asexualité permettrait de demander aux associations médicales de valider l'asexualité comme une orientation sexuelle comme les autres et ainsi, de l'inclure dans les cours d'éducation sexuelle. Des études comparant asexuels et sexuels permettrait aussi de mieux connaître les asexuels, en particulier en ce qui concerne les relations amoureuses et intimes.

31 oct. 2008

Heureux d'être asexuel - New Scientist, octobre 2004

Glad to be asexual
Sylvia Pagan Westphal
New Scientist
14 octobre 2004

Titre : "Heureux d'être asexuel"
Article original : http://www.newscientist.com/article.ns?id=dn6533

A 22 ans,
David Jay n'a jamais eu de relations sexuelles, n'a jamais ressenti d'attirance sexuelle pour personne et ne croit pas que cela changera un jour. Comme lui, un grand nombre de personnes ont grandi sans comprendre pourquoi tout le monde autour d'eux semblait donner tant d'importance aux rituels de l'accouplement.

Jusqu'à récemment, ces personnes se sentaient isolées, ne soupçonnant pas que d'autres puissent ressentir la même chose. Maintenant, ils se trouvent les uns les autres et s'identifient sous u
ne étiquette commune. Ils s'appellent asexuels et font leur coming out à leur parents et proches, déclarant que leur asexualité est une orientation aussi valable que l'hétérosexualité ou l'homosexualité. Ils impriment des t-shirts et discutent de la notion de "fierté A" et de ce que cela implique d'être "a-sexy".

Le plus dur pour un asexuel consiste à convaincre les autres
qu'ils ne sont pas traumatisés ni déficients, ni sexuellement dysfonctionnels. Même des autorités religieuses déclarent qu'ils n'existent pas (1).

Elizabeth Abbott, auteur d'une Histoire universelle de la chasteté et du célibat (2), a pris conscience de l'existence des asexuels quand ceux-ci ont réagi à son livre, précisant juste que dans leur cas, ce n'était pas un choix, ils n'avaient pas de relations sexuelles car ils n'en avaient tout simplement pas envie. D'après Abbott, la pression sociale maintient les asexuels dans le closet, elle les oblige à vivre cachés et l'asexuel peut être le mari ou l'épouse de n'importe qui.
"Imaginez des gens qui ne veulent pas de relations sexuelles et à qui ça ne pose pas un problème de ne pas en avoir. Ils n'ont vraiment personne à qui en parler."

Beaucoup d'asexuels ont découvert leur asexualité pendant leur adolescence et en parlent comme de quelque chose qui a toujours été avec eux. Mais à cet âge, quand aucun mot n'existe pour se définir, la sensation d'être différent est fortement accentuée.

Comme Jay, les asexuels n'évitent pas le sexe parce qu'ils ne peuvent pas en avoir. Au contraire, les asexuels ont souvent fait l'objet de tentatives de conversion.

Jay raconte comment une relation non sexuelle peut être physique et très intime. Beaucoup d'asexuels cherchent des relations avec les autres, mais seulement sur un plan émotionnel. Ils souhaitent trouver un partenaire avec qui partager des intérêts et passer du temps mais sans avoir aucune forme de relation sexuelle avec cette personne.

Les asexuels peuvent ressentir de l'excitation physique, certains se masturbent, bien qu'ils ne ressentent pas le besoin d'une activité sexuelle avec une autre personne.

Certains ont une libido faible en dépit d'une orientation innée vers les hommes ou les femmes, tandis que d'autres appartiendront à une quatrième orientation en plus des hétéro-, homo- et bi-sexuels, c'est-à-dire des personnes attirées par aucun genre, même si elles ont une libido normale.

L'impression de communauté qui ressort des propos des asexuels, est due au fait que grâce aux lieux de discussion virtuels, ils peuvent interagir ensemble en permanence. Le forum AVEN fondé en 2001 par David Jay fournit un tel lieu, ainsi que de l'information. Il a connu une croissance constante et est fréquenté par des asexuels du monde entier.

L'asexualité n'est quasiment pas un sujet d'intérêt dans les milieux scientifiques, sauf lorsqu'il s'agit de végétaux, vers et autres créatures microscopiques. La raison en est que la recherche sur la sexualité humaine est motivée par les problèmes suscités par l'activité sexuelle, comme les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses d'adolescentes. Et quand les personnes n'ayant pas de relations sexuelles sont étudiées, il est sous-entendu que l'inactivité sexuelle est un problème devant être résolu. Ainsi le "désir sexuel hypoactif" est inscrit au DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), qui énonce qu'il peut survenir dans l'adolescence, persister pendant la vie entière d'un individu et sera considéré comme un trouble s'il est cause de souffrance.

Cette étiquette ne reconnaît pourtant pas les personnes heureuses et en bonne santé, qui ont une aversion au sexe pendant toute leur vie et ne ressentent aucune attirance pour les hommes ou les femmes. Pour Edward Laumann, sociologue de l'Université de Chicago dans l'Illinois, c'est une catégorie qui n'a pas
encore été créée socialement. "Il faut accepter que l'asexualité est comme les yeux bleus, quelque chose qui vient avec la naissance".

La question est de savoir si les asexuels représentent une mince tranche de la population ou s'ils sont plus nombreux. Bien que limitée, la recherche suggère qu'en fait, un comportement asexuel n'est pas si rare parmi les mammifères. Dans les années 90, une étude sur le comportement de béliers a montré que 2 à 3 % de la population étudiée ne montrait aucun intérêt pour l'accouplement.

Les études sur les personnes n'ayant pas de relations sexuelles ne concernent pas que les seuls asexuels, et incluent ceux qui ne peuvent avoir de telles relations à cause de l'âge ou de la maladie. Cependant l'étude de Laumann (3) en 1994 a fait ressortir certains traits. Sur les 13% n'ayant pas eu de relations sexuelles pendant une année, 40% se considéraient très heureux. Environ 2% du total n'ont jamais eu d'expérience sexuelle. Mais cela ne dit pas si ces personnes souhaiteraient en avoir.

C'est seulement récemment qu'on a cessé d'étudier le comportement des gens comme mesure de leur préférence sexuelle.
Anthony Bogaert, psychologue et expert en sexualité humaine à la Brock University à St-Catherines, au Canada, a publié la première étude estimant la prépondérance de l'asexualité parmi la population en utilisant la notion de l'attirance sexuelle (4). 1% des personnes étudiées ont répondu oui à la question "Je ne me suis jamais senti(e) attiré sexuellement par personne".

Une autre étude, encore non publiée, réalisée à partir uniquement d'asexuels a montré que ces personnes ont les mêmes types de comportement sexuel que les autres. Ceci suggère qu'ils ont souvent des relations sexuelles alors qu'ils n'en ressentent en fait pas l'envie (5).

Si l'asexualité est une orientation, il est possible que la question de la fierté "A" commence à attirer plus d'attention. Jay oeuvre beaucoup à étendre la visibilité asexuelle. "Nous sommes dans l'ombre du mouvement des droits gay (...). Culturellement, la diversité sexuelle est plus facilement acceptée maintenant."
D'après une étude récente, leur nombre pourrait être aussi élevé que celui des homosexuels, ce qui donne l'image d'une minorité réprimée et cachée prête à occuper une petite place dans le courant dominant. Allons-nous assister à la révolution asexuelle ?

John DeLamater, de l'
University de Wisconsin-Madison, voit plusieurs parallèles avec les débuts de la révolution gay des années 70. "[les asexuels] sont dans une situation proche de celle des gays, lesbiennes et transgenre, c'est-à-dire un groupe de gens qui ont d'abord été traités (et se sont sentis) comme des personnes étranges ou déviantes ou inadaptées, et qui se sont petit à petit réunies et ont créé une identité positive à partir de ces caractéristiques." L'un des résultats de cette évolution est le nombre grandissant de personnes faisant leur coming out asexuel.

Pour Bogaert et d'autres, l'idée d'un mouvement asexuel n'est pas fantaisiste, mais il aura moins d'impact que la révolution gay car la notion d'asexualité ne prête pas à controverse.


(1)
“Eight myths about religious life,” paru dans Vision 2002, magazine annuel du National Religious Vocation Conference in the US
(2) Editions Fides, 2001
(3)
Laumann et al., The social organization of sexuality: sexual practices in the United States, The University of Chicago Press, 1994
(4)
The Journal of Sex Research, vol. 41, p 279
(5) Etude de
Nicole Prause, Université de l'Indiana à Bloomington, publiée en 2007

30 oct. 2008

Un politicien asexuel - The Express, avril 2007

Why can't we accept the fact that Ted Heath just had no interest in sex?
The Express - Londres, GB
26 avril 2007

Titre : "Pourquoi ne pouvons-nous accepter le fait que Ted Heath n'avait tout simplement aucun intérêt pour le sexe ?"

Article à propos d'Edward Heath, Premier ministre britannique de 1970 à 1974.

La vie sexuelle de Heath a été sujette à un grand nombre de spéculations. A tel point que Heath a été même été outé comme homosexuel par un autre homme politique. Mais d'après ceux qui l'ont bien connu, Heath n'était ni hétérosexuel ni homosexuel mais asexuel.
L'auteur souligne qu'à une époque obsédée par le sexe, il importe de se souvenir qu'il y a beaucoup de gens pour qui la sexualité n'a tout simplement aucune importance. Prétendre que ce sont des refoulés ou des homosexuels montre une grande incompréhension de ces personnes. Une réalité mise en avant par le biographe de Heath lui-même, John Campbell :
"C'est une illusion de notre époque, promue par les médias populaires, que le sexe est d'une importance capitale pour tout le monde." D'après lui, Heath était trop dédié à sa carrière politique pour garder du temps pour ce genre d'occupations.

L'asexualité n'est pas inhabituelle chez les politiciens. La plupart se marient mais souvent, leurs conjoints réalisent que leur vrai grand amour était en fait la politique. L'asexualité est la caractéristique psychologique la moins dangereuse et la moins étrange pour expliquer que des personnes soient attirées par la politique.
Beaucoup de personnalités disparues comme Robert BadenPowell ou le General Montgomery ont été outées comme homosexuelles souvent sans preuves pour démontrer que sans le poids des conventions sociales, elles auraient été ouvertement gay. Mais en réalité, ces personnes étaient soit hétérosexuelles soit asexuelles. Parce qu'il n'existe pas de lobby asexuel exigeant des droits et des privilèges de la société, personne ne défend leur cause.
L'auteur conclut en disant qu'il est facile de prétendre ce que l'on veut sur la sexualité d'une personne décédée, celle-ci ne pouvant se défendre.