No sex please, we're asexuals
Tim Radford
The Guardian - Londres, GB
14 octobre 2004
Le journal britannique revient dans ses pages scientifiques sur la parution de l'article du New Scientist et son information principale : de plus en plus de gens réalisent que le sexe n'est pas leur tasse de thé.
L'auteur poursuit en précisant que l'asexualité ne doit pas être confondue avec l'abstinence. Les voeux de chasteté des moines et nonnes signifient qu'ils choisissent de réprimer ou sublimer leurs désirs sexuels. L'asexualité n'est pas non plus de l'impuissance. Le succès du Viagra suggère que pour beaucoup d'hommes, ils le feraient s'ils le pouvaient. De même, les adeptes du "pas avant le mariage" ont choisi la virginité seulement en dehors du mariage.
Pourtant une nouvelle classe fait de plus en plus parler d'elle, ceux qui sont "contents d'être A" et qui déclarent n'avoir aucune envie de sexe. On suggère que cette sexualité du non-non pourrait être aussi répandue que l'homosexualité. Il est vrai que jusqu'ici, ceux qui n'avaient pas envie de sexe avaient tendance à demeurer discrets.
Des forums Internet comme ceux d'Aven (Asexual Visibility and Education Network - Réseau pour la visibilité et l'information asexuelles) sur asexuality.org encouragent ces partisans du non à faire entendre leur absence de passion sexuelle. Ils peuvent être pourvus de libido et ressentir de l'excitation sexuelle, mais ils ne ressentent pas le besoin d'interagir sexuellement avec les autres.
L'article cite les exemples d'un vétéran de la Marine US, de Virginie, Brian, ou d'un étudiant, Pete, selon lequel les sensations ne sont pas mentalement connectées pour être suivies par une action quelconque.
Des tentatives d'explication sont avancées (libido basse, sensibilité, distanciation, stress) mais quoi qu'il en soit, l'absence de désir sexuel est bien une réalité pour des milliers de personnes. Et l'article de conclure en citant les t-shirts d'Aven : "L'Asexualité n'est plus seulement pour les amibes".
Affichage des articles dont le libellé est 2004. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2004. Afficher tous les articles
9 févr. 2009
31 oct. 2008
Heureux d'être asexuel - New Scientist, octobre 2004
Glad to be asexual
Sylvia Pagan Westphal
New Scientist
14 octobre 2004
Titre : "Heureux d'être asexuel"
Article original : http://www.newscientist.com/article.ns?id=dn6533
A 22 ans, David Jay n'a jamais eu de relations sexuelles, n'a jamais ressenti d'attirance sexuelle pour personne et ne croit pas que cela changera un jour. Comme lui, un grand nombre de personnes ont grandi sans comprendre pourquoi tout le monde autour d'eux semblait donner tant d'importance aux rituels de l'accouplement.
Jusqu'à récemment, ces personnes se sentaient isolées, ne soupçonnant pas que d'autres puissent ressentir la même chose. Maintenant, ils se trouvent les uns les autres et s'identifient sous une étiquette commune. Ils s'appellent asexuels et font leur coming out à leur parents et proches, déclarant que leur asexualité est une orientation aussi valable que l'hétérosexualité ou l'homosexualité. Ils impriment des t-shirts et discutent de la notion de "fierté A" et de ce que cela implique d'être "a-sexy".
Le plus dur pour un asexuel consiste à convaincre les autres qu'ils ne sont pas traumatisés ni déficients, ni sexuellement dysfonctionnels. Même des autorités religieuses déclarent qu'ils n'existent pas (1).
Elizabeth Abbott, auteur d'une Histoire universelle de la chasteté et du célibat (2), a pris conscience de l'existence des asexuels quand ceux-ci ont réagi à son livre, précisant juste que dans leur cas, ce n'était pas un choix, ils n'avaient pas de relations sexuelles car ils n'en avaient tout simplement pas envie. D'après Abbott, la pression sociale maintient les asexuels dans le closet, elle les oblige à vivre cachés et l'asexuel peut être le mari ou l'épouse de n'importe qui. "Imaginez des gens qui ne veulent pas de relations sexuelles et à qui ça ne pose pas un problème de ne pas en avoir. Ils n'ont vraiment personne à qui en parler."
Beaucoup d'asexuels ont découvert leur asexualité pendant leur adolescence et en parlent comme de quelque chose qui a toujours été avec eux. Mais à cet âge, quand aucun mot n'existe pour se définir, la sensation d'être différent est fortement accentuée.
Comme Jay, les asexuels n'évitent pas le sexe parce qu'ils ne peuvent pas en avoir. Au contraire, les asexuels ont souvent fait l'objet de tentatives de conversion.
Jay raconte comment une relation non sexuelle peut être physique et très intime. Beaucoup d'asexuels cherchent des relations avec les autres, mais seulement sur un plan émotionnel. Ils souhaitent trouver un partenaire avec qui partager des intérêts et passer du temps mais sans avoir aucune forme de relation sexuelle avec cette personne.
Les asexuels peuvent ressentir de l'excitation physique, certains se masturbent, bien qu'ils ne ressentent pas le besoin d'une activité sexuelle avec une autre personne.
Certains ont une libido faible en dépit d'une orientation innée vers les hommes ou les femmes, tandis que d'autres appartiendront à une quatrième orientation en plus des hétéro-, homo- et bi-sexuels, c'est-à-dire des personnes attirées par aucun genre, même si elles ont une libido normale.
L'impression de communauté qui ressort des propos des asexuels, est due au fait que grâce aux lieux de discussion virtuels, ils peuvent interagir ensemble en permanence. Le forum AVEN fondé en 2001 par David Jay fournit un tel lieu, ainsi que de l'information. Il a connu une croissance constante et est fréquenté par des asexuels du monde entier.
L'asexualité n'est quasiment pas un sujet d'intérêt dans les milieux scientifiques, sauf lorsqu'il s'agit de végétaux, vers et autres créatures microscopiques. La raison en est que la recherche sur la sexualité humaine est motivée par les problèmes suscités par l'activité sexuelle, comme les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses d'adolescentes. Et quand les personnes n'ayant pas de relations sexuelles sont étudiées, il est sous-entendu que l'inactivité sexuelle est un problème devant être résolu. Ainsi le "désir sexuel hypoactif" est inscrit au DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), qui énonce qu'il peut survenir dans l'adolescence, persister pendant la vie entière d'un individu et sera considéré comme un trouble s'il est cause de souffrance.
Cette étiquette ne reconnaît pourtant pas les personnes heureuses et en bonne santé, qui ont une aversion au sexe pendant toute leur vie et ne ressentent aucune attirance pour les hommes ou les femmes. Pour Edward Laumann, sociologue de l'Université de Chicago dans l'Illinois, c'est une catégorie qui n'a pas encore été créée socialement. "Il faut accepter que l'asexualité est comme les yeux bleus, quelque chose qui vient avec la naissance".
La question est de savoir si les asexuels représentent une mince tranche de la population ou s'ils sont plus nombreux. Bien que limitée, la recherche suggère qu'en fait, un comportement asexuel n'est pas si rare parmi les mammifères. Dans les années 90, une étude sur le comportement de béliers a montré que 2 à 3 % de la population étudiée ne montrait aucun intérêt pour l'accouplement.
Les études sur les personnes n'ayant pas de relations sexuelles ne concernent pas que les seuls asexuels, et incluent ceux qui ne peuvent avoir de telles relations à cause de l'âge ou de la maladie. Cependant l'étude de Laumann (3) en 1994 a fait ressortir certains traits. Sur les 13% n'ayant pas eu de relations sexuelles pendant une année, 40% se considéraient très heureux. Environ 2% du total n'ont jamais eu d'expérience sexuelle. Mais cela ne dit pas si ces personnes souhaiteraient en avoir.
C'est seulement récemment qu'on a cessé d'étudier le comportement des gens comme mesure de leur préférence sexuelle. Anthony Bogaert, psychologue et expert en sexualité humaine à la Brock University à St-Catherines, au Canada, a publié la première étude estimant la prépondérance de l'asexualité parmi la population en utilisant la notion de l'attirance sexuelle (4). 1% des personnes étudiées ont répondu oui à la question "Je ne me suis jamais senti(e) attiré sexuellement par personne".
Une autre étude, encore non publiée, réalisée à partir uniquement d'asexuels a montré que ces personnes ont les mêmes types de comportement sexuel que les autres. Ceci suggère qu'ils ont souvent des relations sexuelles alors qu'ils n'en ressentent en fait pas l'envie (5).
Si l'asexualité est une orientation, il est possible que la question de la fierté "A" commence à attirer plus d'attention. Jay oeuvre beaucoup à étendre la visibilité asexuelle. "Nous sommes dans l'ombre du mouvement des droits gay (...). Culturellement, la diversité sexuelle est plus facilement acceptée maintenant." D'après une étude récente, leur nombre pourrait être aussi élevé que celui des homosexuels, ce qui donne l'image d'une minorité réprimée et cachée prête à occuper une petite place dans le courant dominant. Allons-nous assister à la révolution asexuelle ?
John DeLamater, de l'University de Wisconsin-Madison, voit plusieurs parallèles avec les débuts de la révolution gay des années 70. "[les asexuels] sont dans une situation proche de celle des gays, lesbiennes et transgenre, c'est-à-dire un groupe de gens qui ont d'abord été traités (et se sont sentis) comme des personnes étranges ou déviantes ou inadaptées, et qui se sont petit à petit réunies et ont créé une identité positive à partir de ces caractéristiques." L'un des résultats de cette évolution est le nombre grandissant de personnes faisant leur coming out asexuel.
Pour Bogaert et d'autres, l'idée d'un mouvement asexuel n'est pas fantaisiste, mais il aura moins d'impact que la révolution gay car la notion d'asexualité ne prête pas à controverse.
(1) “Eight myths about religious life,” paru dans Vision 2002, magazine annuel du National Religious Vocation Conference in the US
(2) Editions Fides, 2001
(3) Laumann et al., The social organization of sexuality: sexual practices in the United States, The University of Chicago Press, 1994
(4) The Journal of Sex Research, vol. 41, p 279
(5) Etude de Nicole Prause, Université de l'Indiana à Bloomington, publiée en 2007
Sylvia Pagan Westphal
New Scientist
14 octobre 2004
Titre : "Heureux d'être asexuel"
Article original : http://www.newscientist.com/article.ns?id=dn6533
A 22 ans, David Jay n'a jamais eu de relations sexuelles, n'a jamais ressenti d'attirance sexuelle pour personne et ne croit pas que cela changera un jour. Comme lui, un grand nombre de personnes ont grandi sans comprendre pourquoi tout le monde autour d'eux semblait donner tant d'importance aux rituels de l'accouplement.
Jusqu'à récemment, ces personnes se sentaient isolées, ne soupçonnant pas que d'autres puissent ressentir la même chose. Maintenant, ils se trouvent les uns les autres et s'identifient sous une étiquette commune. Ils s'appellent asexuels et font leur coming out à leur parents et proches, déclarant que leur asexualité est une orientation aussi valable que l'hétérosexualité ou l'homosexualité. Ils impriment des t-shirts et discutent de la notion de "fierté A" et de ce que cela implique d'être "a-sexy".
Le plus dur pour un asexuel consiste à convaincre les autres qu'ils ne sont pas traumatisés ni déficients, ni sexuellement dysfonctionnels. Même des autorités religieuses déclarent qu'ils n'existent pas (1).
Elizabeth Abbott, auteur d'une Histoire universelle de la chasteté et du célibat (2), a pris conscience de l'existence des asexuels quand ceux-ci ont réagi à son livre, précisant juste que dans leur cas, ce n'était pas un choix, ils n'avaient pas de relations sexuelles car ils n'en avaient tout simplement pas envie. D'après Abbott, la pression sociale maintient les asexuels dans le closet, elle les oblige à vivre cachés et l'asexuel peut être le mari ou l'épouse de n'importe qui. "Imaginez des gens qui ne veulent pas de relations sexuelles et à qui ça ne pose pas un problème de ne pas en avoir. Ils n'ont vraiment personne à qui en parler."
Beaucoup d'asexuels ont découvert leur asexualité pendant leur adolescence et en parlent comme de quelque chose qui a toujours été avec eux. Mais à cet âge, quand aucun mot n'existe pour se définir, la sensation d'être différent est fortement accentuée.
Comme Jay, les asexuels n'évitent pas le sexe parce qu'ils ne peuvent pas en avoir. Au contraire, les asexuels ont souvent fait l'objet de tentatives de conversion.
Jay raconte comment une relation non sexuelle peut être physique et très intime. Beaucoup d'asexuels cherchent des relations avec les autres, mais seulement sur un plan émotionnel. Ils souhaitent trouver un partenaire avec qui partager des intérêts et passer du temps mais sans avoir aucune forme de relation sexuelle avec cette personne.
Les asexuels peuvent ressentir de l'excitation physique, certains se masturbent, bien qu'ils ne ressentent pas le besoin d'une activité sexuelle avec une autre personne.
Certains ont une libido faible en dépit d'une orientation innée vers les hommes ou les femmes, tandis que d'autres appartiendront à une quatrième orientation en plus des hétéro-, homo- et bi-sexuels, c'est-à-dire des personnes attirées par aucun genre, même si elles ont une libido normale.
L'impression de communauté qui ressort des propos des asexuels, est due au fait que grâce aux lieux de discussion virtuels, ils peuvent interagir ensemble en permanence. Le forum AVEN fondé en 2001 par David Jay fournit un tel lieu, ainsi que de l'information. Il a connu une croissance constante et est fréquenté par des asexuels du monde entier.
L'asexualité n'est quasiment pas un sujet d'intérêt dans les milieux scientifiques, sauf lorsqu'il s'agit de végétaux, vers et autres créatures microscopiques. La raison en est que la recherche sur la sexualité humaine est motivée par les problèmes suscités par l'activité sexuelle, comme les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses d'adolescentes. Et quand les personnes n'ayant pas de relations sexuelles sont étudiées, il est sous-entendu que l'inactivité sexuelle est un problème devant être résolu. Ainsi le "désir sexuel hypoactif" est inscrit au DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), qui énonce qu'il peut survenir dans l'adolescence, persister pendant la vie entière d'un individu et sera considéré comme un trouble s'il est cause de souffrance.
Cette étiquette ne reconnaît pourtant pas les personnes heureuses et en bonne santé, qui ont une aversion au sexe pendant toute leur vie et ne ressentent aucune attirance pour les hommes ou les femmes. Pour Edward Laumann, sociologue de l'Université de Chicago dans l'Illinois, c'est une catégorie qui n'a pas encore été créée socialement. "Il faut accepter que l'asexualité est comme les yeux bleus, quelque chose qui vient avec la naissance".
La question est de savoir si les asexuels représentent une mince tranche de la population ou s'ils sont plus nombreux. Bien que limitée, la recherche suggère qu'en fait, un comportement asexuel n'est pas si rare parmi les mammifères. Dans les années 90, une étude sur le comportement de béliers a montré que 2 à 3 % de la population étudiée ne montrait aucun intérêt pour l'accouplement.
Les études sur les personnes n'ayant pas de relations sexuelles ne concernent pas que les seuls asexuels, et incluent ceux qui ne peuvent avoir de telles relations à cause de l'âge ou de la maladie. Cependant l'étude de Laumann (3) en 1994 a fait ressortir certains traits. Sur les 13% n'ayant pas eu de relations sexuelles pendant une année, 40% se considéraient très heureux. Environ 2% du total n'ont jamais eu d'expérience sexuelle. Mais cela ne dit pas si ces personnes souhaiteraient en avoir.
C'est seulement récemment qu'on a cessé d'étudier le comportement des gens comme mesure de leur préférence sexuelle. Anthony Bogaert, psychologue et expert en sexualité humaine à la Brock University à St-Catherines, au Canada, a publié la première étude estimant la prépondérance de l'asexualité parmi la population en utilisant la notion de l'attirance sexuelle (4). 1% des personnes étudiées ont répondu oui à la question "Je ne me suis jamais senti(e) attiré sexuellement par personne".
Une autre étude, encore non publiée, réalisée à partir uniquement d'asexuels a montré que ces personnes ont les mêmes types de comportement sexuel que les autres. Ceci suggère qu'ils ont souvent des relations sexuelles alors qu'ils n'en ressentent en fait pas l'envie (5).
Si l'asexualité est une orientation, il est possible que la question de la fierté "A" commence à attirer plus d'attention. Jay oeuvre beaucoup à étendre la visibilité asexuelle. "Nous sommes dans l'ombre du mouvement des droits gay (...). Culturellement, la diversité sexuelle est plus facilement acceptée maintenant." D'après une étude récente, leur nombre pourrait être aussi élevé que celui des homosexuels, ce qui donne l'image d'une minorité réprimée et cachée prête à occuper une petite place dans le courant dominant. Allons-nous assister à la révolution asexuelle ?
John DeLamater, de l'University de Wisconsin-Madison, voit plusieurs parallèles avec les débuts de la révolution gay des années 70. "[les asexuels] sont dans une situation proche de celle des gays, lesbiennes et transgenre, c'est-à-dire un groupe de gens qui ont d'abord été traités (et se sont sentis) comme des personnes étranges ou déviantes ou inadaptées, et qui se sont petit à petit réunies et ont créé une identité positive à partir de ces caractéristiques." L'un des résultats de cette évolution est le nombre grandissant de personnes faisant leur coming out asexuel.
Pour Bogaert et d'autres, l'idée d'un mouvement asexuel n'est pas fantaisiste, mais il aura moins d'impact que la révolution gay car la notion d'asexualité ne prête pas à controverse.
(1) “Eight myths about religious life,” paru dans Vision 2002, magazine annuel du National Religious Vocation Conference in the US
(2) Editions Fides, 2001
(3) Laumann et al., The social organization of sexuality: sexual practices in the United States, The University of Chicago Press, 1994
(4) The Journal of Sex Research, vol. 41, p 279
(5) Etude de Nicole Prause, Université de l'Indiana à Bloomington, publiée en 2007
Inscription à :
Articles (Atom)