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28 sept. 2009

Les asexuels sortent du placard et trouvent une communauté

Asexuals leave the closet, find community
Demian Bulwa
San Francisco Chronicle
24 août 2009


N'étant pas attirée par les garçons, Cathy Roberts s'est dit à l'adolescence qu'elle était timide. A l'université, elle s'est dit qu'elle n'était pas prête. Plus tard, quand un thérapeute l'a persuadée d'entreprendre un chemin vers la découverte du sexe, elle n'a pas voulu faire les exercices les plus timides. Ce n'est qu'à la quarantaine qu'elle a conclu qu'elle était asexuelle, simplement pas intéressée par le sexe, et n'assimilant pas le sexe à l'amour.

Cathy Roberts a ainsi émergé de plusieurs années de confusion. Et en juin, elle a défilé avec deux douzaines d'autres asexuels lors de la Pride de San Francisco.

C'était un coming out inhabituel : à un événement qui célèbre le sexe dans tous ses aspects, un groupe déclare son intention de n'en vouloir aucun.

Cette action montre combien une identité sexuelle est vitale pour l'estime de soi. Mais l'émergence publique des asexuels suscite des interrogations auprès des chercheurs spécialisés dans la sexualité, concernant l'identité sexuelle, ainsi que le lien entre les sentiments, que de nombreux asexuels ressentent, et l'attirance sexuelle.

"Nous ne sommes pas détraqués"

"Cela pose question sur la nature de l'amour", dit Anthony Bogaert, un sexologue de l'Université de Brock dans l'Ontario, au Canada, qui a estimé la prévalence de l'asexualité en 2004 à partir d'une étude sur des Britanniques, dont 1% a rapporté ne s'être jamais senti attiré sexuellement par quiconque.

David Jay, un résident de San Francisco âgé de 27 ans, explique : "Nous avons besoin de savoir que nous ne sommes pas détraqués. Toute ma vie, on m'a dit qu'on a besoin de sexe pour être heureux".

La Pride était une étape importante pour Jay, un étudiant à la Presidio School of Management. 9 ans auparavant, il avait créé AVEN, en tant qu'adolescent qui n'arrivait pas à comprendre pourquoi tout le monde sauf lui était si déterminé à perdre sa virginité.

Etre respecté

Jay et la communauté asexuelle sur Internet, qui comprend 30.000 membres dans le monde entier, ne cherchent pas à créer de nouveaux droits civiques. Ce qu'ils veulent, c'est être respecté dans une culture obsédée par le sexe.

L'asexualité n'a été qu'occasionnellement étudiée, mais les quelques chercheurs qui l'ont examinée de près ces dernières années disent qu'elle peut être une identité sexuelle similaire aux identités hétérosexuelle, bisexuelle ou gay.

Le docteur Lori Brotto, une experte en sexualité à l'université de Vancouver, Canada, se disait extrêmement sceptique concernant l'existence de l'A comme orientation sexuelle. Mais en 2007, en étudiant les membres de l'AVEN, elle a découvert non seulement un désir sexuel bas, mais également peu de détresse à ce sujet, parmi ces personnes, contrairement aux personnes ayant des dysfonctions sexuelles et qui cherchent un traitement pour les guérir.

Récemment, Brotto a projeté des films érotiques à une quarantaine de femmes parmi lesquelles, des asexuelles, des hétérosexuelles, des lesbiennes et des bisexuelles. Les réactions physiologiques mesurées lors de ces projections sont identiques chez toutes ces femmes, démontrant qu'il ne s'agit pas d'une dysfonction sexuelle, mais bien d'une question d'orientation sexuelle.

Certains asexuels sont sentimentalement hétéro, gay ou bi, et certains n'ont pas d'attirance sentimentale. Ils sortent ensemble, ou ont des rendez-vous avec des "sexuels", tentant de trouver un compromis au lit.

Cathy Roberts est inquiète de ne pas trouver quelqu'un avec qui vieillir. "Pour moi, elle devra être asexuelle et lesbienne, et ensuite il y a le problème de la compatibilité".

Pas de culture commune

La naissance du mouvement asexuel a été aussi difficile par absence de marqueurs culturels comme ceux mis en avant par la communauté gay (codes vestimentaires ou bars où se retrouver, par exemple).

C'est dans ce contexte qu'interviennent Internet, grand unificateur de groupes obscurs, et David Jay, jeune, charismatique et beau garçon, un homme qui pourrait trouver avec qui faire l'amour s'il le voulait.

Jay se souvient de sa solitude en tant qu'adolescent, qui l'a poussé à chercher le terme "asexuel" sur le Web. Il n'a trouvé que des recherches sur les amibes. Il a lancé AVEN et se souvient du premier asexuel l'ayant contacté : "Nous avons eu une discussion longue et intense, à parler de toutes ces choses que personne d'autre ne pouvait comprendre".

Jay aime à penser que les relations non-sexuelles sont aussi gratifiantes et stimulantes que les relations sexuelles.

Il y a d'autres signes de cet élan dans l'importance que prend la communauté asexuelle. Bogaert est en train d'écrire un livre sur l'asexualité, une maison de production new-yorkaise a un documentaire en projet, et en Nouvelle-Zélande, une sitcom met en scène le premier personnage asexuel clairement identifié de la télévision.

Les membres d'AVEN ont un but concret : modifier le DSM lors de sa prochaine parution en 2012 pour qu'il soit clair que l'asexualité n'est pas un "trouble du désir sexuel hypoactif".

Intimité

Le but premier du mouvement, cependant, est d'atteindre des gens comme Bridget Rodman, une étudiante de 19 ans de San Francisco, qui a parfois des béguins pour des femmes mais aucune envie de coucher avec elles, ce qui pendant des années l'a fait se sentir inutile, même suicidaire. En novembre, celle-ci a découvert le site web d'AVEN, qui la décrivait de façon si précise qu'elle en a pleuré devant son écran.

Avec la découverte est venu le changement. Elle peut désormais être honnête avec les autres, elle peut expérimenter l'intimité et enfin vivre pleinement.

30 août 2009

Des asexuels à la Pride

Asexuals at the Pride Parade
Anneli Rufus
Psychology Today
22 juin 2009

Anneli Rufus est une journaliste et auteur américaine qui publie dans des journaux comme le San Francisco Chronicle, le Boston Globe ou des médias en ligne comme Salon.com. Elle a écrit Party of One: The Loners' Manifesto, un livre sur les aspects positifs de la solitude.

* * *

Des asexuels à la Parade mettent la société au défi d'accepter leur absence de désir sexuel.

La Pride de San Francisco est sauvage, exubérante – et il s'agit de sexe. Comment cela pourrait-il en être autrement ? La Pride parle de la chair, de pratiques, de partenaires et de passions. C'est la raison pour laquelle ces dizaines de personnes défilant vont des lesbiennes à motos aux dominés SM en passant par les chrétiens gay, etc.

Il est donc intéressant que cette année, pour la première fois, un groupe asexuel défile à la Pride de San Francisco.

Les asexuels sont un sous-ensemble culturel dont on entend rarement parler au sein de notre moderne tour de Babel hypersexualisée et mondiale. Je n'avais jamais entendu parler de ce sous-groupe ou réfléchi à cette notion avant de lire l'interview d'asexuels britanniques dans l'Independent.

A quoi cela ressemble-t-il d'être asexuel dans un monde occidental obsédé par le sexe et l'identité ? L'obsession sexuelle de la société leur dit en gros de se taire et d'avoir honte. Cependant l'obsession identitaire de la société leur dit de défiler et de se manifester.

Un asexuel ne ressent pas d'attirance sexuelle, explique Shawn Landis, qui a commencé à écrire des infos sur les asexuels dans le San Francisco Examiner, "après une discussion avec un rédacteur en chef" sur la notion "que l'asexualité n'était pas un problème nécessitant des soins médicaux ou psychiatriques". Landis espère aider à "éclaircir la perplexité suscitée par la découverte que certaines personnes ne souhaitent tout simplement pas avoir de relations sexuelles".

D'après lui, les Gay Prides ne sont pas les premiers endroits où on penserait trouver des asexuels défiler. Certains asexuels se retrouvent dans l'étiquette LGBT (1) tandis que d'autres non, mais la communauté asexuelle souhaite que son orientation soit reconnue. L'inclusion d'asexuels dans la Pride est historique, Landis espère que davantage de gens vont avoir conscience de ce relativement petit segment de la population, et que l'opinion, selon laquelle les gens qui ne sont pas intéressés par le sexe souffrent de problèmes médicaux ou psychologiques, finira par être ainsi moins répandue.

La présence d'asexuels à la Pride de San Francisco va être un test de la tolérance de la société en général. Accepter l'idée d'une sexualité entre personnes du même sexe est difficile pour certains. Accepter le mariage gay également. Idem pour la sexualité en groupe, et toutes sortes d'autres pratiques comme le sadomasochisme.

Mais tolérer l'absence d'envie de sexe ?


(1) Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels


9 févr. 2009

Sans sexe, merci, nous sommes asexuels - The Guardian, octobre 2004

No sex please, we're asexuals
Tim Radford
The Guardian - Londres, GB
14 octobre 2004


Le journal britannique revient dans ses pages scientifiques sur la parution de l'article du New Scientist et son information principale : de plus en plus de gens réalisent que le sexe n'est pas leur tasse de thé.

L'auteur poursuit en précisant que l'asexualité ne doit pas être confondue avec l'abstinence. Les voeux de chasteté des moines et nonnes signifient qu'ils choisissent de réprimer ou sublimer leurs désirs sexuels. L'asexualité n'est pas non plus de l'impuissance. Le succès du Viagra suggère que pour beaucoup d'hommes, ils le feraient s'ils le pouvaient. De même, les adeptes du "pas avant le mariage" ont choisi la virginité seulement en dehors du mariage.

Pourtant une nouvelle classe fait de plus en plus parler d'elle, ceux qui sont "contents d'être A" et qui déclarent n'avoir aucune envie de sexe. On suggère que cette sexualité du non-non pourrait être aussi répandue que l'homosexualité. Il est vrai que jusqu'ici, ceux qui n'avaient pas envie de sexe avaient tendance à demeurer discrets.

Des forums Internet comme ceux d'Aven (Asexual Visibility and Education Network - Réseau pour la visibilité et l'information asexuelles) sur asexuality.org encouragent ces partisans du non à faire entendre leur absence de passion sexuelle. Ils peuvent être pourvus de libido et ressentir de l'excitation sexuelle, mais ils ne ressentent pas le besoin d'interagir sexuellement avec les autres.

L'article cite les exemples d'un vétéran de la Marine US, de Virginie, Brian, ou d'un étudiant, Pete, selon lequel les sensations ne sont pas mentalement connectées pour être suivies par une action quelconque.

Des tentatives d'explication sont avancées (libido basse, sensibilité, distanciation, stress) mais quoi qu'il en soit, l'absence de désir sexuel est bien une réalité pour des milliers de personnes. Et l'article de conclure en citant les t-shirts d'Aven : "L'Asexualité n'est plus seulement pour les amibes".


15 nov. 2008

Pour eux, il est aisé de simplement dire non - NY Times, juin 2005

For Them, Just Saying No Is Easy
Mary Duenwald
New York Times
9 juin 2005


Les oiseaux le font, les abeilles le font, mais pas tous. Chez les abeilles, les sœurs de la reine n’ont pas de relations sexuelles. Et chez certaines espèces d’oiseaux (par exemple le geai gorge blanche de Floride), certains individus, appelés « aides », ne se reproduisent pas mais aident les reproducteurs à élever leurs petits.

Mais l’indifférence face au sexe peut-elle s’étendre aux humains ? Un nombre grandissant de gens répondent oui et se présentent eux-mêmes comme preuve. Ils se décrivent comme étant asexuels, et considèrent leur condition comme étant normale, et non le résultat d’une orientation sexuelle confuse, d’une peur de l’intimité ou d’un manque temporaire de désir. Ils aimeraient que le monde comprenne qu’ils peuvent vivre heureux leur vie entière sans jamais avoir de relations sexuelles.

« Les gens pensent qu’ils doivent nous convertir, déclare Cijay Morgan, 42 ans, vendeuse de téléphones à Edmonton, Alberta, et asexuelle autoproclamée. Ils peuvent comprendre qu’on n’aime pas la musique country ou les oignons, ou qu’on n’ait pas envie d’apprendre à siffler, mais ils ne peuvent pas admettre que quelqu’un ne veuille pas de relations sexuelles. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que de nombreux asexuels ne veulent pas être, je cite, réparés. »

Étant donnée la nature envahissante des publicités pour les pilules destinées à améliorer les performances sexuelles, les efforts menés pour mettre en vente un patch de testostérone pour stimuler le désir sexuel chez les femmes et l’omniprésence des références sexuelles dans la culture populaire, ce n’est pas surprenant que ceux qui professent l’absence de besoins sexuels aient été mal compris, ou en tout cas négligés. Une seule enquête scientifique semble avoir été menée. Et de nombreux experts de la sexualité humaine, lorsqu’on leur dit qu’il existe sur internet une communauté grandissante de gens qui se proclament asexuels, disent ne pas en avoir entendu parler. Et pourtant, la plupart de ces experts ne sont pas surpris par le concept.

Les trois quarts des patients du Centre de Médecine Sexuelle de l’université de Boston sont dénués de désir sexuel, dit le docteur Irwin Goldstein, le directeur, également éditeur du Journal of Sexual Medicine. « On appelle ça des troubles du désir sexuel hypoactif. »

Cependant, l’absence d’intérêt pour le sexe n’est pas forcément une maladie, ni même un problème, s’empresse d’ajouter le médecin, à moins qu’elle soit cause de détresse en entraînant, par exemple, des conflits dans un mariage ou une relation de couple.

Le Dr. John Bancroft, ancien directeur, récemment retraité, de l’Institut Kinsey pour la Recherche sur le Sexe, le Genre et la Reproduction à l’université d’Indiana dit, « Je crois que ce serait vraiment surprenant qu’il n’y ait pas d’asexuels, si on regarde les choses d’un point de vue kinseyen, selon lequel il y a d’énormes variations dans la sexualité humaine. »

Tous les cliniciens ne sont pas d’accord sur le fait que l’absence d’intérêt pour le sexe puisse être considérée comme étant normale. « C’est un peu comme les gens qui disent qu’ils n’ont jamais envie de nourriture, déclare le Dr. Leonard R. Derogatis, psychologue et directeur du Centre de Santé et de Médecine Sexuelles à l’université John Hopkins de Baltimore. Le sexe est un besoin naturel, tout autant que le besoin de nourriture et d’eau pour survivre. C’est un peu difficile de considérer ces gens comme normaux. »

Les asexuels disent souvent qu’ils sont conscients de leur manque d’intérêt pour le sexe depuis leur adolescence et que, bien que ça ait pu les gêner, ils n’ont jamais rien connu d’autre. « Je me suis rendu compte que j’étais asexuelle à peu près au moment où je me suis rendu compte que j’étais petite, quand j’avais environ 15 ans, déclare Mlle Morgan d’Edmonton, qui mesure 1,55m. Je me suis rendu compte que j’étais petite quand tout le monde est devenu plus grand que moi, et je me suis rendu compte que je n’avais pas de désirs sexuels quand tout le monde a commencé à en avoir et à agir en conséquence. »

Internet a offert une plateforme pour que ceux qui s’autoproclament asexuels puissent annoncer leur existence collective. L’anonymat du web rend les discussions sur le sujet plus faciles, d'après Todd Niquette, 36 ans, de Saint Paul, membre d’AVEN, un groupe en ligne. Avec plus de 4000 membres enregistrés, il s’agit de la plus grande communauté d’asexuels du genre. « Ce que nous voulons vraiment découvrir est : comment puis-je me sentir moins seul dans mon cas ? » déclare-t-il.

Son réseau définit un asexuel comme quelqu’un qui « n’éprouve pas d’attirance sexuelle. » Cette définition est, bien évidemment, différente du concept bien plus ancien de reproduction asexuée, pratiquée par les amibes, les méduses et les lézards fouette-queue, ainsi que par de nombreuses espèces végétales.

Les asexuels peuvent éventuellement avoir des envies sexuelles et même se masturber, mais ils ne ressentent pas le besoin d’avoir des relations sexuelles avec d’autres personnes, explique David Jay, 23 ans, qui a fondé le réseau d’éducation et de visibilité sur l’asexualité (appelé AVEN par ses membres) il y a quatre ans, lorsqu’il était étudiant. Les asexuels ressentent souvent une attirance romantique pour d’autres gens, dit M. Jay. Mais cette attirance n’implique pas de relations sexuelles.

M. Jay, qui travaille pour une organisation éducative à but non lucratif à San Francisco, est un homme bavard, extraverti, souriant, qui a de nombreux amis. Il est, dit-il, intéressé par « un engagement émotionnel profond » et l’idée d’élever des enfants (mais « sans nécessairement en avoir moi-même »). Mais il n’a jamais eu de relation sexuelle et il y a de fortes chances pour qu’il n’en ait jamais.

Si les asexuels sont monnaie courante, pourquoi ne sont-ils pas mentionnés dans les livres d’histoire ou nulle part ailleurs avant l’arrivée d’internet ? Elizabeth Abbott, chercheuse au Trinity College à l’université de Toronto, est l’auteur de l'Histoire universelle de la chasteté et du célibat. Elle suppose que cela peut s'expliquer par le fait que ces gens-là ne se sont jamais fait remarquer. Ils ne se sont peut-être jamais mariés, ou ont eu des mariages sans sexe, ou ont eu des relations sexuelles contre leur gré. Contrairement à l’homosexualité, fait-elle remarquer, l’asexualité n’a jamais été illégale.

Cependant, elle n’a pas toujours été acceptée par la société. Dès le Moyen Age, explique le Dr. Abbott, la « non consommation du mariage » était considérée comme « une insulte au sacrement du mariage » et un motif de divorce.

L’asexualité, remarque-t-elle, n’est pas la même chose que l’abstinence, qui implique une décision consciente d’étouffer un désir sexuel. Ce qui semble être la seule étude publiée sur l’asexualité (et qui l’a définie comme une absence sur toute une vie d’attirance sexuelle envers les hommes et les femmes) a découvert que 1,1% des adultes pourraient être asexuels. Ce chiffre a été tiré d’une enquête effectuée auprès de 18000 personnes interrogées en Grande-Bretagne en 1994, au sujet des maladies sexuellement transmissibles. Les données ont été de nouveau analysées par le Dr. Anthony F. Bogaert, psychologue à la Brock University à Sainte-Catherine, en Ontario, et qui a publié ses résultats en août dernier dans le Journal of Sex Research.

Le Dr. Bogaert a trouvé que 44% des personnes exprimant une absence d’intérêt pour le sexe étaient mariées ou vivaient avec quelqu’un, ou l’avaient fait par le passé.

On pourrait supposer qu’en évitant les relations sexuelles et toutes les émotions et responsabilités qui vont avec, sans parler des risques sanitaires, les asexuels auraient une vie comparativement aisée.

« Mais je crois que nous échangeons tout ça contre un autre type de problèmes, déclare M. Jay. Le sexe tient une place tout à fait centrale dans la vie de bien des façons, et l’un des véritables défis pour les asexuels est d’essayer de trouver notre place. »

Ce problème apparaît généralement durant l’adolescence. « Je savais à 16 ou 17 ans que le sexe était quelque chose qui semblait incroyablement important pour tout le monde, mais que je ne comprenais tout simplement pas, » dit David Warner, 55 ans, écrivain technique et éditeur dans une banlieue de Washington, en Virginie.

Comme de nombreux autres asexuels, Kate Goldfield, 21 ans, étudiante à Goucher College à Baltimore, a d’abord pensé qu’elle pouvait être lesbienne. « J’ai décidé que je devais être gay parce que je savais que je n’étais pas hétéro, » déclare-t-elle. Mais elle dit qu’elle avait depuis découvert qu’elle n’était pas non plus attirée sexuellement par les femmes.

Les asexuels déclarent qu’on leur dit souvent qu’ils changeront lorsqu’ils rencontreront la bonne personne ou lorsque leur situation changera, mais ces prédictions ne leurs semblent pas crédibles.

« Pourquoi ai-je besoin de sexualité dans ma vie au point de gaspiller mon temps et mon énergie à trouver ce qui m’excitera ? » demande M. Jay.

Les médecins ont découvert qu’ils pouvaient provoquer du désir sexuel chez les femmes et les hommes en leur donnant des suppléments hormonaux. Et certains scientifiques pensent que les hormones pourraient être en cause dans certains cas d’asexualité. Ou bien, comme l’a suggéré le Dr. Bogaert, il se pourrait que certaines structures cérébrales se soient développées différemment chez les asexuels.

Le Dr. Derogatis est d’accord sur le fait que de faibles niveaux hormonaux sont souvent la cause sous-jacente d’une faible libido, mais il ajoute que parfois, des mécanismes psychologiques peuvent entrer en jeu. « Certaines de ces personnes ont peut-être une sérieuse phobie du sexe, » déclare-t-il.

Et pourtant, une enquête de petite envergure et encore non publiée, menée en ligne auprès de 1146 personnes (dont 41 qui se sont décrites comme asexuelles) par Nicole Prause, étudiante en psychologie dans l’Indiana, a montré que les asexuels ne se privent pas de sexe par peur. Mais plutôt, les asexuels « ne possèdent tout simplement pas la poussée excitative », explique Melle Prause dans un email.

Barry W. McCarthy, professeur de psychologie à l’American University et auteur de Rekindling Desire (faire renaître le désir), un ouvrage de développement personnel pour les couples mariés, dit que de nombreuses personnes qui ont un désir inhibé feraient bien d’examiner cette inhibition car elle pourrait s’avérer être le résultat d’une peur plutôt qu’un désir naturel de se passer de sexe. « Il faut respecter les différences individuelles, déclare-t-il, mais pour la vaste majorité des gens dont le désir est inhibé, la réponse n’est pas l’asexualité. »

Les gens font souvent l’expérience de périodes d’asexualité. De nombreux couples mariés abandonnent les relations sexuelles après un certain nombre d’années, déclare le Dr. Pepper Schwartz, sociologue à l’université de Washington à Seattle et auteur de Everything You Know About Love and Sex Is Wrong. « Certaines personnes sont soulagées non seulement de faire du sexe une faible priorité, mais d’y renoncer entièrement, » dit-elle.

M. Jay reconnaît que certains asexuels ont passé, ou passeront, un temps à être sexuels. « Il y a des gens sur AVEN qui entrent dans une relation dans laquelle ils apprécient tout à coup le sexe, et beaucoup de gens disent qu’ils aimaient le sexe avant, mais plus maintenant, mais la plus grande partie de la communauté est plutôt stable. »

Un homme de 32 ans de Dallas prénommé Keith (il a refusé de donner son nom de famille) dit qu’il avait essayé de gérer son asexualité en se mariant. « Je croyais que me marier me guérirait et que je deviendrais soudain intéressé par le sexe. » Au bout de six ans, sa femme et lui ont divorcé et il vit maintenant avec un homme plus jeune dans une relation qu’il décrit comme aimante et romantique, mais dénuée de relations sexuelles.

M. Jay a déclaré penser que les asexuels peuvent apprendre à négocier des relations avec des personnes sexuelles.

« Au lycée et au début de mes années d’université, quand je sentais que quelqu’un me draguait, je me mettais sur la défensive et disais ‘Ok, ça ne va pas marcher’. Mais depuis, je me suis rendu compte que si quelqu’un m’approche sexuellement, ça veut dire qu’il ou elle apprécie ma personnalité. »

Durant ces derniers mois, de nombreuses personnes se sont connectées au site web du réseau asexuel pour essayer de mieux comprendre leurs époux ou partenaires asexuels, dit M. Jay.

« Il existe un véritable désir de découvrir comment gérer une relation sans sexualité. Nous n’avons encore rien ressemblant à un manuel de développement personnel que nous pourrions écrire à ce sujet. »

30 oct. 2008

Un politicien asexuel - The Express, avril 2007

Why can't we accept the fact that Ted Heath just had no interest in sex?
The Express - Londres, GB
26 avril 2007

Titre : "Pourquoi ne pouvons-nous accepter le fait que Ted Heath n'avait tout simplement aucun intérêt pour le sexe ?"

Article à propos d'Edward Heath, Premier ministre britannique de 1970 à 1974.

La vie sexuelle de Heath a été sujette à un grand nombre de spéculations. A tel point que Heath a été même été outé comme homosexuel par un autre homme politique. Mais d'après ceux qui l'ont bien connu, Heath n'était ni hétérosexuel ni homosexuel mais asexuel.
L'auteur souligne qu'à une époque obsédée par le sexe, il importe de se souvenir qu'il y a beaucoup de gens pour qui la sexualité n'a tout simplement aucune importance. Prétendre que ce sont des refoulés ou des homosexuels montre une grande incompréhension de ces personnes. Une réalité mise en avant par le biographe de Heath lui-même, John Campbell :
"C'est une illusion de notre époque, promue par les médias populaires, que le sexe est d'une importance capitale pour tout le monde." D'après lui, Heath était trop dédié à sa carrière politique pour garder du temps pour ce genre d'occupations.

L'asexualité n'est pas inhabituelle chez les politiciens. La plupart se marient mais souvent, leurs conjoints réalisent que leur vrai grand amour était en fait la politique. L'asexualité est la caractéristique psychologique la moins dangereuse et la moins étrange pour expliquer que des personnes soient attirées par la politique.
Beaucoup de personnalités disparues comme Robert BadenPowell ou le General Montgomery ont été outées comme homosexuelles souvent sans preuves pour démontrer que sans le poids des conventions sociales, elles auraient été ouvertement gay. Mais en réalité, ces personnes étaient soit hétérosexuelles soit asexuelles. Parce qu'il n'existe pas de lobby asexuel exigeant des droits et des privilèges de la société, personne ne défend leur cause.
L'auteur conclut en disant qu'il est facile de prétendre ce que l'on veut sur la sexualité d'une personne décédée, celle-ci ne pouvant se défendre.